La traduction professionnelle présente des enjeux économiques considérables.
En tant qu'activité de service, la traduction génère un chiffre d'affaires important en termes de rémunérations de prestations. On estimait en 1997 le chiffre d'affaires de la traduction et de l'interprétation sur le marché libre à 3,75 milliards. Quatre ans plus tard, on peut estimer que ce chiffre d'affaires a pratiquement doublé.
La traduction est également pourvoyeuse d'activités de service dans des secteurs connexes : reprographie, gestion, création de sites Web, communication, diffusion télévisée, cinéma.
Plus encore, les traductions génèrent du chiffre d'affaires pour les clients des traducteurs, soit indirectement, en tant qu'instruments d'exportation ou importation d'idées, de biens, ou de services, soit directement, comme documents commercialisés en tant que tels.
Il faut aussi voir dans la traduction une véritable arme stratégique, économique, idéologique, culturelle. Il faut surtout prendre conscience du fait qu'il peut s'agir d'une arme à double tranchant.
En effet, la bonne traduction facilite la pénétration et l'acceptation du produit dont elle est l'un des vecteurs ou supports. En principe, elle valorise le produit concerné et parfois même, lorsque nécessité fait loi, elle le survalorise.
Inversement, la traduction approximative ou médiocre ou erronée sera refusée, récusée, moquée, mal acceptée et, globalement, dévalorisée. Or, si la traduction est dévalorisée, tout produit qu'elle porte ou quelle sert est corrélativement dévalorisé. Plus grave encore : l'entreprise, l'organisme ou l'institution qui diffuse la traduction sera dévalorisée car tout un chacun imaginera qu'elle ne porte pas davantage de soin au reste de ses activités qu'à la traduction.
En fait, la bonne traduction génère des plus-values latentes, notamment en termes de :
· bonification d'image de l'entreprise et de ses produits et services physiques ou intellectuels,
· prévention de litiges,
· protection du consommateur.
Inversement, l'absence ou la carence de traduction fait nécessairement perdre du chiffre d'affaires et induit, globalement, diverses moins-values en termes d'image.
Sur un plan plus général, la traduction présente aussi des enjeux nationaux considérables aux plans intellectuel, économique, culturel, et linguistique. La bonne traduction est un rempart contre les dégradations pernicieuses et les infiltrations subreptices de fausses valeurs. Le bon traducteur résiste aux effets de mode, aux contaminations culturelles et linguistiques injustifiées, aux anciens combattants transformés en vétérans, au profil bas de ceux qui naguère se faisaient tout petits ou se faisaient oublier, à la syntaxe en bouillie, et à l'affectation des beaux esprits pour qui " tout le monde sait, bien entendu, qu'à partir d'un certain niveau de technicité, on ne peut plus vraiment exprimer les choses qu'en anglais ".
Dans le meilleur des cas, la traduction est une défense et illustration de la langue et de la culture destinataires. Dans le pire des cas, elle en est au contraire le fossoyeur.
La traduction ayant, comme nous l'avons souligné, vocation à favoriser l'exportation ou l'importation des produits et/ou des idées et concepts ou valeurs, les volumes de traduction dans un pays donné et, plus encore, le sens dans lequel les traductions s'effectuent par rapport à la culture-langue du pays considéré, sont particulièrement révélateurs.
Lorsqu'un pays est technologiquement, économiquement et culturellement fort, le volume de traduction depuis sa culture et sa langue est très important ; lorsqu'il est technologiquement, économiquement et culturellement faible, le volume de traduction vers sa culture et sa langue est important. On a affaire dans le premier cas à une langue-culture exportatrice et, dans le second cas, à une langue-culture importatrice. Ainsi, selon les cas, la traduction peut constituer un moteur de développement intellectuel, industriel, économique, politique, artistique, scientifique ou culturel ou, au contraire, un vecteur de colonisation intellectuelle, industrielle, économique, politique, artistique, scientifique ou culturelle.
En même temps, l'avènement de l'Internet a suscité un très fort mouvement de traduction vers l'anglais (la lingua franca) parce que quiconque souhaite promouvoir un concept, un produit, un processus, une formation, ou autre, passe par la langue qui permet de toucher un maximum de prospects. La cible devient ainsi universelle et toute traduction est forcément pertinente en ce sens que l'on peut penser quelle trouvera son public ou, plus précisément, qu'un public la trouvera. Le phénomène explique, dans des pays comme la France , la formidable demande de traduction vers l'anglais vue comme un moyen d'inverser un rapport de forces plutôt défavorable.
Le bon traducteur maîtrise aussi les enjeux visibles ou cachés de son activité. Il sert au mieux les intérêts de son client qu'il s'agisse d'un avocat intervenant dans une affaire de carambouille, d'un marchand de cacahuètes salées, d'un éditeur de romans, du réalisateur d'un film, de l'auteur d'un logiciel ou de l'immigré en attente de régularisation. Au moins, il ne les dessert pas.
Il ne s'agit pas seulement de ne pas commettre ces erreurs qui font des dégâts considérables [se tromper dans la posologie d'un médicament, traduire un montage électrique en confondant les bornes, confondre augmentation et réduction des coûts, inverser le sens de rotation de manettes] ou produire du grand-guignolesque [augmenter l'inflation de la vessie au lieu de " gonfler un ballon de football "].
La bonne traduction est parfaitement compréhensible, transparente, acceptable et, sans doute, agréable (au sens étymologique du terme). Le message est cohérent du point de vue de son objet, de son public, et de ses finalités. L'ensemble des contenus prend en compte les modes de pensée, les systèmes de valeurs, les préjugés, les handicaps, les goûts, les attentes, la " culture " des publics destinataires. La bonne traduction respecte toutes les conventions applicables à toute communication et, notamment, toutes les stéréotypies de raisonnement, d'organisation, de formulation et d'expression imposées, selon les cas, par le domaine concerné, par le type de support, ou par le langage utilisé.
